Congrès de l’iO (Institute of Osteopathy) 2018 à Londres

Suite au congrès de l’iO (Institute of Ostéopathie) qui s’est déroulé à Londres en octobre dernier, voici exposé la synthèse et les réflexions de Bernard Jurth et Laurent Legendre qui y étaient présents :

« L’homme n’étant pas fait pour construire des murs, mais des ponts, nous avons décidé, après avoir rendu visite aux ostéopathes américains (mars 2018) à l’ATSU (A.T. Still University de Kirksville, Missouri), puis participé au Congrès de l’AAO (American Academy of Osteopathy à Dallas, Texas), de nous rendre à Londres, au Congrès annuel d’octobre 2018 de l’iO (Institute of Osteopathy)

Rappelons que l’ostéopathie a été reconnue officiellement au Royaume-Uni en 1993, et qu’en écho à ce 25e anniversaire, l’iO avait décidé de consacrer son congrès annuel 2018, à l’avenir et au développement de la profession d’ostéopathe lors des 25 années à venir. D’où son titre : « The next 25 years ».

Précisons, que l’iO (Institute of Osteopathy), l’ancienne BOA (British Osteopathic Association), est la plus importante association d’ostéopathes aux Royaume-Uni, et qu’en tant que membres de l’AFBO (Association Franco-Britannique d’Ostéopathie), nous sommes membres internationaux de l’iO. Ceci depuis 1998.

Durant ce congrès, quelques idées-reçues ont été battues en brèche.

En effet, contrairement à ce qu’on pourrait croire, vu de France :

1 – Les ostéopathes anglais sont peu nombreux.

– Il y avait exactement 5363 ostéopathes en exercice au Royaume-Uni en octobre 2018 (source iO), alors qu’en France on en comptait près de 30 000, dont 60 % d’ostéopathes exclusifs et 40 % d’ostéopathes professionnels de santé (source DREES). Ceci pour une population sensiblement égale.
– D’où une densité d’un ostéopathe pour plus de 12 000 habitants au Royaume-Uni, contre un ostéopathe pour environ 2 200 habitants en France.
– Remarque : aux États-Unis, où tous les ostéopathes sont médecins, la densité est d’un ostéopathe pour environ 3 500 habitants (source AAO).

2 – Les ostéopathes anglais ont du mal à exister et à s’imposer sur le marché de la santé britannique.

– Ils se sont battus très longtemps pour enfin obtenir leur reconnaissance en 1993, alors que l’iO (appelée BOA jusqu’en 2014) existe depuis 105 ans !
– Force est de constater qu’ils n’ont pas réussi à s’imposer au cours des 25 dernières années.
– Le thème du Congrès, « Les 25 prochaines années », et deux chiffres édifiants résument à eux seuls la situation de l’ostéopathie britannique :

  • 2 %, seulement, de la population consulte un ostéopathe chaque année,
  • 90 % des Britanniques n’ont jamais consulté un ostéopathe.

Rappelons qu’en France, selon certains récents sondages, un Français sur deux aurait déjà consulté un ostéopathe !

3 – Les ostéopathes anglais ont les mêmes problèmes que nous autres ostéopathes français.

– Ils cherchent toujours à définir précisément leur identité et leur champ de compétence.
– Ils regrettent les divisions qui existent au sein du « mundillo » ostéopathique britannique (crânien versus structurel, « evidence based medecine » versus principes originels, approche musculo-squelettique versus approche holistique, etc.),
– Ils en appellent sans cesse à l’unité.
– Ils ont du mal à se positionner par rapport au NHS (National Health Service), c’est-à-dire le système de santé publique, l’équivalent de notre Sécurité Sociale. Moins de 2% des ostéopathes anglais travaillent dans le cadre du NHS et moins de 50 % d’entre eux sont intéressés pour y entrer. L’ostéopathie est d’ailleurs considérée par de nombreux experts du CCG (Clinical Commissioning Group) de la NHS comme une PLCV (Procedure of Limited Clinical Value) c’est-à-dire en tant que traitement qui n’a pas suffisamment d’effets durables démontrés pour être pris en charge par la NHS.
– Ils s’interrogent fortement sur leur avenir. Extraits de l’exposé de Ben Katz (Président de l’iO) : « Où sommes-nous actuellement ? Comment en sommes-nous arrivés là ? Que souhaitons-nous accomplir ? Comment y parvenir ? » Etc.
– Ils constatent à regret que le nombre d’étudiants en ostéopathie diminue ces dernières années.

Que dire au terme de notre participation à ce Congrès de l’iO ?

– Pour nous, (vieux) ostéopathes français, un mythe s’est écroulé. L’ostéopathie anglaise est incontestablement, si l’on en croit les interventions d’éminents membres de l’iO, moins puissante, moins brillante, et moins enviable lorsqu’on l’observe sur place que vue de France.
– Nous avons été très bien accueillis par les Anglais, avec évidemment une petite « retenue » toute britannique. Rien à voir avec la chaleur texane du Congrès de l’AAO aux Etats-Unis en mars 2018 ! Nous avons cependant été honorés en étant placés à la table présidentielle lors du dîner de gala (où nous avons notamment mangé une épaule d’agneau à la sauce à la menthe !)
– Nous avons beaucoup échangé avec Maurice Cheng et Ben Katz, respectivement Chief Executive et President de l’iO.
– Nous avons rencontré plusieurs ostéopathes, tous représentants de leurs pays au niveau européen, présents au Congrès de l’iO du fait qu’une réunion de l’EFFO (European Federation and Forum of Osteopathy) avait eu lieu à Londres la veille du début du Congrès. Nous avons notamment pris contact avec Marika Jevbratt, la présidente (Suédoise) de l’EFFO. Nous lui avons fait part de nos excellentes relations avec Marie-Hélène Sala, présidente de l’AFO (Association Française d’Ostéopathie), la représentante française à l’EFFO. L’appartenance (pour certains d’entre nous) à l’AFO, nous confère automatiquement le statut de membre de l’EFFO. Il serait probablement judicieux de nous rapprocher de l’AFO à ce sujet.
– Concernant les interventions lors du Congrès, il y fut beaucoup question de la situation de l’ostéopathie au Royaume-Uni, ce qui fut évidemment très instructif pour nous (voir plus haut).
– Au niveau scientifique et technique par contre, les communications furent certes variées, mais assez limitées sur le plan pratique à notre goût. La plupart des conférences étaient consacrées, soit à des généralités (structure et fonction du pied, approche ostéopathique en gérontologie, l’arthrose, la spondylarthrite ankylosante, la prévention dans le système de santé publique, etc.), soit à des développements très pointus (notamment une approche ostéopathique viscérale où il fut beaucoup question de chimie, et un exposé sur les capacités prédictives du cerveau).
– On nous a par ailleurs répété à l’envi qu’il fallait faire de la prévention auprès de nos patients, en leur disant de faire de l’exercice et de perdre du poids. Des conseils que nous transmettons volontiers à nos confrères ostéopathes français amateurs de bonne chère élevés à Béziers
– Nous avons été quelque peu surpris par le faible nombre de participants au Congrès. Pas plus de 300 personnes sur trois jours. D’autant que certains congressistes n’étaient présents qu’un seul jour. L’iO, la plus grande association d’ostéopathes britannique, regroupe tout de même plus de la moitié des 5 363 ostéopathes anglais.

En guise de conclusion

Il est évident pour nous, que nous avons bien fait de nous rendre à Londres pour ce Congrès de l’iO, très instructif sur le plan « cognitif » en matière de « politique » et de « géopolitique ».
Nous regrettons même de ne pas y avoir été plus tôt. Car à présent, « nous savons ». Nous savons que l’herbe n’est pas toujours plus verte dans le jardin du voisin, fût-ce un jardin anglais !
Nous retournerons néanmoins avec plaisir chez nos amis anglais lors du prochain congrès de l’iO, afin de faire perdurer l’amitié ostéopathique franco-britannique. »